Décidement "Le gouvernement gére tout"
Stupéfaction à l'école élémentaire Saint-Roch mixte 1. La marraine d'un écolier, travaillant au cabinet du Premier ministre, a exigé le transfert de son filleul dans l'école voisine, pour une querelle enfantine... : Photo Richard Ray Dans la cour de récréation de l'école élémentaire Saint-Roch mixte 1, à Nice, deux gamins de 6 ans se chamaillent. Rien de bien extraordinaire, vous diront les enseignants habitués à gérer quotidiennement ce genre de disputes entre écoliers. D'autant que cette querelle portait sur une peccadille. En l'occurrence, une part de goûter que convoitait un gourmand en culotte courte et que lui refusait son petit propriétaire. Le ton monte et pour défendre son « quatre heures », ce dernier donne une gifle à son camarade. Une « égratignure », affirment les enseignants qui ont immédiatement séparé et sermonné les deux belligérants avec explications fournies le soir, à la mère de la petite victime, sur les raisons de cette dispute enfantine.
L'affaire aurait pu en rester là. Que nenni ! Le dossier se corse avec l'intervention de la marraine de l'enfant giflé. Une marraine au bras long qui travaille au cabinet du Premier ministre, François Fillon, au service « de la législation et de la qualité du droit » et se saisit de l'affaire. Coup de fil à la directrice de l'école, puis lettre envoyée à l'inspection académique exigeant le transfert « dans les meilleurs délais » de son filleul, à l'école élémentaire voisine, Saint-Roch mixte 2, où sont scolarisés ses anciens camarades de classe qu'il voulait retrouver. Aussitôt émis, ce souhait venu d'en haut est aussitôt satisfait.
« Scandaleux ! »
Il en est autrement dans le milieu enseignant, où cette intervention a semé stupéfaction et indignation. « C'est le fait du prince ! s'exclame Gilles Jean, secrétaire départemental du SNU-Ipp, syndicat enseignant. Scandaleux ! Il suffit d'agrafer à sa demande une carte de visite qui sonne bien pour que l'inspection académique y fasse droit. Et cède à cette pression de Matignon en passant outre la procédure et les avis des enseignants, opposés à ce transfert considéré comme démesuré et déplacé. »
Pour demander le changement d'école, des démarches sont, normalement, à effectuer : obtenir le certificat de radiation de l'établissement où l'enfant est scolarisé, l'avis favorable de l'école accueillante mais également le feu vert de l'inspection académique et de la mairie, responsable des écoles.
En l'espèce, cela n'a pas été respecté. D'où la réaction ironique du conseiller général (PC) Jacques Victor : « On ne savait pas encore qu'au sommet de l'État, au cabinet du Premier ministre précisément (...) on s'occupait aussi du changement de classe d'un enfant. (...) Avant d'ajouter qu'à la suite de cette intervention « il y a tout lieu de s'alarmer sur la conception de l'exercice du droit républicain au sommet de l'État. »