François dernier jour de la Rochelle

Publié le par La Gauche de Mandelieu la Napoule


FH | Notes | Lundi, 01 septembre 2008

Aujourd’hui je voulais, par mon discours, mettre l’Université d’été là où je souhaitais la placer. C’est-à-dire à la fois une leçon pour les socialistes, pour qu’ils prennent en compte l’enjeu de leur prochain congrès, ne rien occulter sur les questions de personnes, c’est légitime, mais aussi les conditionner à un débat d’idées. Récuser les combinaisons, les confusions, les cabales qui discréditent moins leurs auteurs que le Parti auquel ils appartiennent.

Je voulais que l’on puisse faire la preuve que le PS mesure l’ampleur de la crise que traverse le monde et qui touche plus spécifiquement la France compte tenu de sa vulnérabilité et de la mauvaise direction qui est prise depuis plus d’un an.

Je voulais que des propositions puissent sortir de notre rencontre de La Rochelle, à la fois sur l’Afghanistan, sur la crise financière dont l’issue ne peut venir que des solutions de régulation et en aucune façon de marché, et enfin sur la relance de notre économie, et nul ne pourra dire qu’il ne connaît pas le projet du PS là-dessus puisque il suffira de se reporter à mon intervention.

Mais je voulais aussi dire deux choses de plus. La première, c’est qu’il faut que nous menions la bataille idéologique contre la droite. Pas simplement la dénonciation de Sarkozy, la mise à jour de ses échecs, le procès légitime que nous faisons à ses pratiques, à sa forme d’exercice du pouvoir, y compris même dans la conduite de notre diplomatie. Non, je pense que c’est sur les idées et sur la compréhension des aspirations de notre société, que la prochaine victoire se joue.

Il faut faire la démonstration que cette crise que nous traversons est celle du libéralisme, celle sur le plan international de la guerre des civilisations, celle de marchés qui ne sont pas maîtrisés, ordonnés. Que la droite, à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale, produit du désordre, du dérèglement, a tenu à justifier d’ailleurs ensuite des politiques autoritaires. Mais il faut aussi que la gauche bouge.

J’ai fait apparaître la nécessité de faire franchir à l’Etat providence une nouvelle étape : en faire plus qu’un Etat infirmier, un Etat investisseur. Montrer que les dépenses sociales ou écologiques ne sont pas des coûts si elles sont bien menées, mais un investissement pour l’avenir, et même créateur d’emplois et de croissance. De façon  à ce que les socialistes n’apparaissent pas simplement là pour indemniser les perdants de la concurrence ou de la compétition mais au contraire pour construire une société où chacun peut être un gagnant et où tous peuvent faire gagner leur pays.

J’ai voulu aussi insister sur ce que doit être finalement le message et même l’idéal de la gauche, c’est-à-dire le progrès lui-même. Il y a une espèce de fatalité qui pèse dans les esprits comme quoi il faudrait admettre la fin de l’Histoire, la pause dans les conquêtes, un coup d’arrêt à ce qu’a été le développement humain. Là encore, c’est à la gauche de montrer que le progrès technique, écologique, social, est toujours en gisement et qu’il suffit de creuser pour le mettre à jour et le rendre en définitive possible et fructueux.

Et puis j’ai mis en garde les socialistes sur deux grandes questions. La première c’est la construction de l’alternative et du projet. La tentation est souvent d’ajouter des propositions aux propositions, de faire dans le global, d’accumuler des revendications sans qu’on ne puisse distinguer ce qui est véritablement l’essentiel. Je crois qu’il faut faire tout l’inverse. Marquer nos engagements sur des propositions fortes : la santé, l’éducation, la compétitivité de l’économie. Alors nous construirons déjà un système de valeur.

Le deuxième conseil que je voulais donner aux socialistes, au moment où je suis dans cette période de passage de témoin, c’est que j’ai confiance en eux pour le choix à venir. Je ne suis pas inquiet, je suis même serein, même si les images de cette université renvoient ce qu’il y a de plus déplorable de la vie politique partisane :  conciliabules, tractations, combinaisons, même si ça fait partie aussi de ce qu’une organisation politique doit prendre en compte dès lors qu’elle est précisément ouverte à la démocratie et aux médias. Il n’y a aucune inquiétude à avoir. Les militants, qui m’ont d’ailleurs apporté leur confiance dans les moments les plus difficiles, qui m’ont toujours suivi dans les choix essentiels, sauront faire prévaloir l’intérêt collectif.

Bien sûr que cela se résumera à un moment au choix d’une personne, et de l’orientation qu’elle porte, mais il y aura une dynamique qui fera que ce choix sera d’évidence.

Si j’ai eu de l’émotion puisqu’on me l’a rappelé durant ces trois jours, c’était ma dernière université d’été en tant que Premier secrétaire, je ne participe pas du narcissisme général, de l’exhibitionnisme dont Nicolas Sarkozy est l’expert ultime. J’ai bien sûr mes sentiments, mon émotion. J’ai été heureux de l’accueil qui m’a été fait, et surtout lors de mon discours. Mais je n’ai pas terminé ma tâche –ce sera au mois de novembre- et ensuite, je ne pars pas.

J’aurai un autre rôle, je poursuis ma course autrement. Mais je ne ferai rien pour compliquer la tâche de mon successeur… rien que pour donner des regrets à ceux qui ne me l’ont en rien facilitée !

Toute la Rochelle sur le blog de François Hollande

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