Hémorragie militante au PS.
Le PS redoute une rénovation manquée sur fond d'hémorragie militante. Il y a un mois, le parti socialiste concluait ses universités de La Rochelle dans la bonne humeur et l'espoir d'un début de convalescence. Aujourd'hui, la rechute a des airs de désertion. A deux jours du référendum militant sur la rénovation voulue par Martine Aubry en Charente-Maritime, l'ambiance est morose à Solférino. Après la réplique du tremblement de Reims et le retour des polémiques autour des fraudes du dernier congrès, le parti de la rose fait l'aveu de militants fanés. Ils ne sont plus que 64.000 à être à jour de cotisation, ainsi que l'a rapporté mardi Libération.
Au siège du parti, où l'on sonne la mobilisation tardivement, on rappelle que l'effectif potentiel est de 203.000 adhérents, et qu'ils sont donc 139.000 à potentiellement pouvoir "payer leur carte" le soir du vote, un rituel du parti. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, reconnaît d'ailleurs être dans ce cas, «c'est dire…». Tout en remarquant que «cette transparence honore le PS, je mets au défi [quiconque] de communiquer ses vrais chiffres», il veut dédramatiser: «Ça a toujours été comme ça dans le creux du quinquennat. Après une série de défaites électorales, le parti retrouve son plus bas étiage, environ autour de 100.000 adhérents.»
Arnaud Montebourg a beau plaider pour la «révolution du parti», lançant «un appel aux militants pour que le référendum soit le meilleur antidote à l'incroyance, la morosité et l'inquiétude», la méthode Coué a ses limites. Les remises en cause internes et Ségolène Royal ont occulté la rénovation. Montebourg tente bien de convaincre que «le vote n'est qu'un point de départ d'une réflexion collective de plusieurs mois», jusqu'à une convention nationale en juin 2010, l'enthousiasme n'est pas franchement au maximum.
Solférino a mis du temps à communiquer, préférant organiser une tournée de débats, mais après le scrutin. Soucieuse de montrer qu'elle s'occupe aussi du fond, Martine Aubry a préféré entamer en septembre un tour de France consacré au projet, à la rencontre de panels de citoyens experts.
Par ailleurs, hormis en Alsace et en Languedoc-Roussillon, l'enjeu de l'investiture du «premier des socialistes» aux régionales n'a d'intérêt que pour ceux qui s'excitent à reconduire les sortants (lire notre article). Ce qui laisse augurer une faible participation, que la direction espère voir atteindre les 50%. Comme un ressort légitimant cassé.
Pour le politologue Rémy Lefebvre, «la stratégie du bon vieil appel à la base ne concerne en fait que les irréductibles, les très vieux, les élus et les collaborateurs d'élus. C'est le noyau du noyau du parti, or c'est le plus réticent à la rénovation». S'il note l'effort «de vérité et de lucidité collective de la direction face à l'épuisement d’un PS replié sur lui-même», il n'exclut pas l'hypothèse d'un vote plus serré que prévu sur sa rénovation, voire difficile pour les primaires.