Ségolène Royal termine son voyage aux Etats Unis

Publié le par section ps de Mandelieu la Napoule

Samedi 9 février 2008
Ségolène Royal décrypte l'actualité française depuis les Etats-Unis, dans la prestigieuse université d'Harvard

Notation des professeurs, peoplisation de la vie politique, taux d'intérêt: Ségolène Royal a passé jeudi 103-copie-1.jpgl'actualité française au peigne fin devant un millier de personnes venues l'écouter donner une conférence à la prestigieuse université d'Harvard, aux Etats-Unis.

Invitée à réagir sur la situation de l'enseignement en France, la présidente de la région Poitou-Charentes s'est d'abord montrée favorable à ce que "les élèves notent les professeurs".

"J'ai compris que c'était dans une logique d'auto-évaluation intelligente", a-t-elle précisé. "Un professeur qui a sa salle vide, c'est quand même intéressant de savoir pourquoi", a-t-elle lancé à son assistance.

"Il faut du courage pour mettre cela en place. Je crois qu'en France c'est pour l'instant inimaginable. Encore que je suis sûre qu'il y a beaucoup d'enseignants qui seraient enchantés de pouvoir avoir une formation professionnelle continue pour savoir comment gérer un groupe classe", a-t-elle concédé.

Certains enseignants "sont chahutés, ne s'en sortent pas, souffrent (...) parce qu'ils n'ont pas eu l'enseignement de la pédagogie de la gestion d'un groupe d'élèves", a estimé par ailleurs Mme Royal.

Vendredi dernier, la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse s'était prononcée en faveur d'une évaluation de l'enseignement par les étudiants, tout en s'opposant à la notation des professeurs.

1.01.jpgAu cours d'un échange qui aura duré plus d'une heure et demi, Ségolène Royal a répondu à une multitude de questions, notamment sur ses projets pour 2012.

"Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy sera candidat en 2012", a-t-elle répondu lorsqu'un membre de l'auditoire lui a demandé si elle serait capable de le battre en cas de nouveau duel.

Rebondissant sur cette allusion au président de la République, la candidate malheureuse du printemps dernier s'est attachée à établir la liste des promesses non tenues par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l'Elysée.

"Le nouveau président a admis que les 'caisses étaient vides' (...) Il affirmait que nous aurions un choc de croissance... Nous n'avons pas la croissance, mais nous avons le choc des photos", a-t-elle lancé, son bon mot étant immédiatement salué par ses élèves du jour.

Sur des questions d'ordre plus économique, Ségolène Royal a estimé que le débat en France portant sur les taux d'intérêts était très "important".

"Je crois que l'objectif d'une Banque centrale européenne, ce n'est pas seulement la maîtrise de l'inflation, c'est-à-dire du maintien des taux d'intérêts élevés mais c'est aussi la croissance", a-t-elle déclaré.

"Je suis favorable à une baisse des taux d'intérêts pour relancer la croissance et cela fait partie d'un certain nombre d'autres équilibres qu'il faut prendre globalement en considération", a-t-elle conclu sous un tonnerre d'applaudissements.

Nicolas Sarkozy, "monsieur taxe"

Tribune de Ségolène Royal dans Le Monde

C'est un verdict sévère qui vient d'être rendu sur les huit premiers mois de la présidence Sarkozy : en janvier, le moral des ménages a atteint un minimum historique. Stagnation des salaires, croissance 00000000000000000.jpgfaible, hausse des prix, déficits publics, absence de perspectives pour les jeunes, dont le pessimisme est plus fort que partout ailleurs : l'inquiétude est vive.

Malgré les promesses inconsidérées, nous savions bien que tous les problèmes ne seraient pas résolus en un an. Mais nous étions au moins en droit d'attendre que la situation ne s'aggrave pas. Aujourd'hui, règne la brutalité d'un système où l'argent fou fait la loi, où les valeurs humaines reculent chaque jour un peu plus, où le plus grand nombre paient pour des puissants dont l'impunité est proportionnelle à l'irresponsabilité.

Le choc de confiance promis a laissé place à un choc de défiance, qui dégénère aujourd'hui en vent de révolte. Tout était possible, hier ; mais trop de temps et de fonds publics ont été gaspillés. L'urgence du pouvoir d'achat n'a

pas été traitée, l'avenir n'a pas été préparé, la désinvolture publique a tenu lieu de morale politique.

Chacun a compris que le "paquet fiscal" n'avait pas fait frémir d'un dixième la croissance. Pourtant, avec 15 milliards d'euros dépensés chaque année, le budget des universités et des centres de recherche aurait pu être durablement multiplié par deux. La prime pour l'emploi aurait pu être également doublée, donnant à plus de huit millions de salariés français l'équivalent d'un treizième mois. Et avec 15 milliards d'euros, il y avait encore de quoi amorcer notre désendettement.

Quant aux réformes engagées, universités, retraites, marché du travail, elles sont toujours partielles, souvent injustes et à l'effet aléatoire. La réforme du marché du travail, par exemple, consacre la fusion entre ANPE et Unedic : pourquoi pas ? Mais les moyens en faveur d'un service public de l'emploi efficace et d'une véritable sécurité sociale professionnelle ne sont pas engagés.

Pour remplir les caisses qu'il a contribué à vider, Nicolas Sarkozy est devenu "monsieur taxes". Taxe sur la santé avec les franchises médicales, hausse du rendement de la TIPP et de la TVA, création d'un impôt sur les séjours hôteliers, taxation de la publicité, retour en clair-obscur de la TVA sociale : le gouvernement demande aux revenus moyens et modestes de rembourser un bouclier fiscal qui a notamment rapporté 350 millions d'euros à 16 000 contribuables privilégiés.

000000000.jpgIl est donc plus que temps de remettre de l'ordre et de s'attaquer aux vrais problèmes. Aujourd'hui, ce n'est pas la quantité de travail des actifs occupés qui fait défaut en France, c'est le chômage des moins de 25 ans et celui des plus de 55 ans qui posent problème ; ce ne sont ni la durée ni le coût du travail qui pèsent sur la compétitivité et entraînent 40 milliards d'euros de déficit de la balance extérieure, mais les investissements en innovation des PME qui manquent.

L'époque des "trente glorieuses", marquée par la rigidité des entreprises et des marchés, est révolue. Innovation, concurrence et mobilité sont désormais la loi de l'époque, pour le meilleur ou pour le pire, selon ce que l'on en fera. Il ne s'agit pas simplement de nous adapter à cette nouvelle donne ! Il faut en être les pionniers vigoureux : le politique est là pour faire en sorte que chacun change, entrepreneurs comme salariés.

Or, c'est toujours aux mêmes qu'il est demandé de faire des efforts. Il y a les gagnants de la mondialisation, qui ont le pouvoir de s'inventer un futur. Il y a ceux qui rêvent au futur qu'ils pourraient avoir si on leur donnait leur chance. Et enfin, il y a ceux qui ne peuvent même plus rêver, parce qu'ils 000000.jpgsont tenaillés par les soucis quotidiens.

Notre économie n'acceptera la mondialisation que si on donne à chacun la possibilité d'en être un acteur. Le creusement des inégalités ne fera que tirer la croissance vers le bas. Et si rien n'est fait pour construire la confiance, les injustices criantes déboucheront sur une violence ouverte. Il y a donc trois urgences pour répondre à ces défis et stopper la dangereuse spirale descendante.

La première, c'est réformer l'Etat. Pour transformer les nouveaux risques en forces d'émancipation, la puissance publique elle-même doit changer. D'un Etat qui s'efforce de corriger les inégalités, il faut passer à un Etat qui les attaque à la racine, un Etat qui encourage chaque talent à se développer et à innover par l'accompagnement personnalisé. C'est vrai pour l'école, c'est vrai pour les services publics en général.

La seconde, c'est faire de la sécurité professionnelle et de la hausse du pouvoir d'achat deux réalités indissociables. Il faut pour cela s'occuper des salariés avant la perte d'emploi et non après, quand dans bien des cas il est déjà trop tard. Nous devons mettre fin à l'éclatement des fonds de la formation professionnelle et les réunir dans un nouveau service public de l'emploi, comme réussissent déjà à le faire certaines régions. La formation et la mobilité professionnelle doivent offrir de vraies perspectives de carrière et des hausses de salaires.

La troisième urgence concerne l'université et la recherche. La loi d'autonomie ne résoudra rien tant que la question des moyens n'aura pas été résolue et que les universités ne seront pas soumises à évaluation. Notre enseignement supérieur est handicapé par le gouffre qui existe entre grandes écoles et universités : il est temps de créer des passerelles, généraliser les laboratoires conjoints et des diplômes communs. Il faut aussi revaloriser le métier de chercheur, créer une vraie complémentarité entre enseignement et recherche, faire du doctorat un passage obligé pour les étudiants prometteurs.

Aujourd'hui, l'alignement par le bas et la réduction des salaires tiennent lieu de politique économique. Mais cette spirale est dangereuse. La France doit s'engager sur une autre trajectoire, mobiliser sa créativité et transformer les risques de la mondialisation en potentiel de croissance. Si la dégradation continue, c'est la récession qui menace.

Et parce que nous refusons cette triste perspective pour notre pays, je dis à Nicolas Sarkozy : il est encore temps.

Ségolène Royal est présidente de la région Poitou-Charentes.

Ségolène Royal, meilleur opposante à N.Sarkozy selon le sondage OpinionWay

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Sa cote de popularité ne se dément d'ailleurs pas, comme le souligne le sondage OpinionWay qui crédite Ségolène Royal du rôle de meilleure opposante à Nicolas Sarkozy (15 %), devant Olivier Besancenot (12 %), François Hollande et ­Bertrand Delanoë (ex aequo à 9 %). «Pour redevenir attractif, le PS doit se démocratiser, consulter régulièrement les adhérents, mais aussi les sympathisants», a-t-elle indiqué durant une conférence sur le thème «Refonder la gauche européenne». Pour ce qui est de la gauche française, Mme Royal s'y est aussi employée à Harvard. «C'était un séjour de travail, d'approfondissement et de confrontation d'idées», indique son entourage. L'ensemble des interventions, en anglais, de Ségolène Royal seront traduites et mises à disposition des militants sur le site Désirs d'avenir.

Quelques photos du séjour de Ségolène Royal à Harvard
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